Saïd CHATAR :  Les défis de l’espace maghrébo-sahélien  » Deuxième partie »

 

‘’ En politique, rien n’arrive au hasard. Chaque fois qu’un évènement survient, on peut être certain qu’il avait été prévu pour se dérouler ainsi ’’. Franklin Roosevelt.

 

Notons que le Maroc qui est situé au croisement du bassin méditerranéen et de l’océan atlantique est comme un lion dont les ‘’membres inférieurs’’ sont en Afrique, les ‘’ membres supérieurs’’ et la tête frôlent l’Europe, a toujours été présent dans les grands événements historiques à travers le monde : la conquête de l’île ibérique, sa présence culturelle en Afrique musulmane à travers des confréries maraboutiques, les croisades, reconnaissance des U.S.A en 1777, au Japon et en Chine avec le grand explorateur et humaniste tangérois Ibn Batouta, la première et la deuxième guerre mondiale, la guerre d’Indochine, j’en passe et des meilleurs. Et plus récemment encore, à la fin des années 50 et 60, en tant que membre du groupe de Casablanca, le Maroc était l’un des initiateurs de la création de l’O.U.A et avait par voie de conséquence soutenu pratiquement tous les pays africains dans leur lutte de libération nationale, y compris le sud-africain Nelson Mandela et Amilcar Cabral leader du P.A.I .G.C, qui avaient séjourné tous les deux à Berkane, au Nord-Est du Maroc. Le Maroc avait également participé à la guerre d’octobre 1973, aux côtés des autres forces arabes…

 

Ainsi convient-il d’avoir toujours à l’esprit que le Maroc, de par sa position géostratégique, est un élément incontournable dans tout processus de négociation de géopolitique ou de politique de coopération interrégionale et internationale entre l’Occident d’une part, l’Afrique, le Proche et Moyen-Orient de l’autre. Et par la même occasion, je tiens à rappeler aux dirigeants algériens actuels de cesser leur agression contre le peuple marocain qui avait soutenu ses frères algériens dans leur lutte de ‘’libération nationale’’, en soutenant le mouvement fantoche le Polisario qui porte de l’eau au moulin de l’impérialisme et du grand capital apatride pour broyer les peuples du Maghreb et du Sahel. Ainsi les centres de décision du pouvoir algérien devront-ils utiliser les richesses colossales dont l’Algérie dispose, dans la reconstruction de leur pays d’abord, et ensuite dans leur collaboration avec le Maroc en vue d’édifier un espace maghrébo-sahélien stable, prospère et pacifique. Leurs procédés aventuriers et de mauvaise fois à l’égard du peuple marocain posent non seulement des problèmes au Maroc et à tout l’espace maghrébo-sahélien, mais aussi à tout le pourtour du bassin méditerranéen, à l’U.E et à l’actuelle Algérie (plus ou moins 2.500.000km²) qu’ils risquent de faire éclater.

Justement, pour ce qui est de l’Algérie, il n’est pas inutile d’en évoquer brièvement quelques faits historiques suivants : avant la conquête française de 1830, la régence d’Alger qui faisait partie de l’empire ottoman était gouvernée par le Dey dont le système d’administration était autonome et extrêmement décentralisé, car les moyens de communication de l’époque n’en auraient pas permis d’autre. C’était un territoire de 575.000 kilomètres carrés, appelé à l’époque par les Arabes, Jesirat El Moghreb qui veut dire en français l’Île du couchant. Il correspondait à la partie non saharienne de l’Algérie actuelle. Il était bordé au Sud par une mer de sable et au Nord par la Méditerranée.

Après l’expulsion des Turcs et la prise d’Alger le 5 juillet 1830 par les troupes françaises, les autorités françaises adoptent en 1839 le nom d’Algérie comme appellation officielle du territoire correspondant. Et dès 1848, les territoires de l’ex-régence d’Alger et ceux de l’Algérie furent déclarés partie intégrante du territoire français et divisés en trois départements (département d’Oran à l’ouest, département d’Alger au centre et département de  Constantine à l’est). Enfin, la dernière étape de l’entreprise coloniale concernait le Sud algérien par l’annexion de celui-ci en décembre 1902 ; d’où la création des territoires du Sud qui seront par la suite rattachés à l’Algérie et (département des oasis à l’est et département de la Saoura à l’ouest, y compris le Sahara du sud-est du royaume du Maroc)…

L’Algérie qui n’a jamais existé avant 1830 en tant qu’Etat-Nation, a reçu ses frontières actuelles et son nom ‘’l’Algérie’’, de la France. D’une régence turque de 575.000 kilomètres carrés, appelée par les Arabes Jesirat El Moghreb (L’Île du couchant), la France a fabriqué aux dépens du Maroc et des autres pays maghrébins et africains, un immense pays avec une superficie de 2.500.0000 kilomètres carrés. Par ses agissements erronés et arrogants d’aujourd’hui vis-à-vis de ses voisins, l’Algérie me donne l’impression de se comporter comme un parvenu ou plutôt comme un jeune adolescent… Aussi dois-je faire revenir à la mémoire des dirigeants algériens actuels le proverbe marseillais suivant : ‘’ Plus tu montes en haut, plus tu te trompes cher’’.

Par ailleurs, quant à la Nation algérienne, je laisse le soin au leader nationaliste, M. Ferhat Abbas de nous en donner les fondements historiques : ‘’ la Patrie algérienne n’existe pas. J’ai interrogé l’histoire, les vivants et les morts, personne ne m’en a parlé’’.

De même le Maréchal Lyautey qui a voulu que ce soit écrit sur son tombeau à Paris la phrase suivante : ‘’Plus je connais les Marocains et plus je vis dans ce pays (le Maroc), plus je suis convaincu de la grandeur de cette nation’’, avait fait un discours à Lyon le 29 février 1916 sur l’Algérie et le Maroc que voici :   

‘’ Alors que nous nous sommes en Algérie en face d’une véritable poussière, d’un état de choses inorganiques, où seul le pouvoir constitué était celui du Dey turc effondré dès notre venue, au Maroc, au contraire, nous nous sommes trouvés en face d’un empire historique et indépendant, jaloux à l’extrême de son indépendance, rebelle, avec toute servitude, qui jusqu’à ces dernières années, faisait encore figure d’Etat constitué, avec sa hiérarchie de fonctionnaires, sa représentation à l’étranger, ses organismes sociaux dont la plupart subsistent toujours, malgré la défaillance récente du pouvoir central. Songez qu’il existe encore au Maroc nombre de personnages qui, jusqu’il y a six ans, furent ambassadeurs du Maroc indépendants à St Petersburg, à Londres, à Berlin, à Madrid, à Paris, accompagnés de secrétaires et d’attachés, hommes d’une culture générale, qui ont traité d’égal à égal avec les hommes d’Etats européens, qui ont le sens et le goût des choses politiques : rien de similaires en Algérie ou en Tunisie. A côté de cet état-major politique, il existe également un état-major religieux qui n’est pas négligeable. Le ministre de la justice actuel du sultan a professé pendant des années à l’université d’El Azhar au Caire, à Stamboul, à Brousse, à Damas, est en correspondance avec les Oulémas jusqu’aux Indes, et n’est pas le seul qui soit en relations avec l’élite islamique d’Orient. Il existe enfin une équipe économique de premier ordre composée de gros commerçants qui ont des maisons à Manchester, à Hambourg, à Marseille…’’

A suivre…

Saïd CHATAR

À propos Lahcen Hammouch