Les appétits s’aiguisent pour la reprise de la Grande Mosquée, où plane l’influence saoudienne

 

LAMFALUSSY Publié le jeudi 28 février 2019 à 09h17 – Mis à jour le jeudi 28 février 2019 à 09h24

Republié par Almouwatin le 28 février 2019 à 11h22

Dernière proposition en date, celle d’imams de Gand, d’Anvers et d’un fidèle de Berchem Sainte-Agathe.

Les appétits s’aiguisent pour la reprise de la gestion de la Grande Mosquée de Bruxelles – que les Saoudiens de la Ligue islamique mondiale doivent quitter fin mars « au plus tard », précise le cabinet du ministre de la Justice Koen Geens (CD&V).
La dernière proposition a été faite mercredi lors d’une conférence à Bruxelles. Elle émane de l’imam anversois Nordine Taouil, de son homologue gantois Brahim Laytouss et d’un fidèle de la mosquée du Cinquantenaire, Abdellah Jouglaf, ex-conseiller communal CDH de Berchem-Sainte-Agathe.
Sur le papier, c’est formidable. Les trois initiateurs proposent un islam de Belgique, ouvert à tous les courants, sans ingérence ni financements étrangers, respectant la parité hommes-femmes et les règles de l’État belge. « Les musulmans belges sont assez riches pour financer ce projet. Nous n’avons pas besoin de l’ambassadeur X ou Z », a dit Brahim Laytouss, présenté comme un imam progressiste par la presse de Flandre. Selon un communiqué du trio, l’ingérence étrangère dans l’islam en Belgique « a accru la discrimination, le sectarisme et a engendré un climat de racisme, tous les ingrédients pour voir naître un terrain fertile au développement d’organisations extrémistes, violentes ou même terroristes ».
Le trio a fondé une ASBL, le Centre culturel islamique de Belgique (CCIB), qui rappelle curieusement le Centre islamique et culturel de Belgique (CICB), qui gère jusqu’à la fin mars le bâtiment emblématique de l’islam belge. Il a rendez-vous le 20 mars avec Koen Geens.

De gauche à droite: Abdellah Jouglaf, Brahim Laytous et Nordine Taouil. © Ch. Lam.

Un imam au passé sulfureux
Néanmoins, la participation de Nordine Taouil à ce projet pose de nombreuses questions. L’imam anversois a participé lui-même, aux côtés de la Ligue islamique mondiale, aux négociations avec le ministère de la Justice pour la résiliation du bail emphytéotique avec l’Arabie saoudite. Malgré ses propos rassurants d’aujourd’hui, il traîne aussi une réputation sulfureuse au point qu’en 2009, dans l’émission Terzake, l’administrateur général de la Sûreté de l’État, Alain Winants, l’avait qualifié d’ »extrémiste musulman de tendance wahhabo-salafiste ». Dans un prêche de la même époque, encore diffusé par Dailymotion et consacré au rôle de la femme dans l’islam, on peut l’entendre dire : « Où en serons-nous dans cinquante ans ? Toute l’Europe – inch Allah – sera devenue musulmane. Donc faites des enfants ! ( rires dans l’assemblée, NdlR ) Mariez-vous et faites des enfants ! »
L’ombre saoudienne ?
Au moins trois autres associations ont fait acte de candidature pour prendre le relais de l’Arabie saoudite. Mais, selon le député Georges Dallemagne (CDH) qui suit attentivement le dossier, « très clairement, les Saoudiens ne lâchent pas le morceau. Dans trois des quatre ASBL, ils ont des gens à eux ».
Le choix va donc être difficile pour Koen Geens et l’Exécutif des musulmans, lui-même en équilibre permanent entre l’influence de la Turquie et du Maroc. La voie vers un islam de Belgique est semée d’embûches.

Christophe Lamfalussy

La libre.be

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