L’Iran s’apprête à dépasser le plafond d’enrichissement d’uranium de l’accord nucléaire

juillet 2019

Présidence iranienne / AFP / File / HO L’Iran a menacé d’abandonner ses engagements nucléaires

L’Iran a déclaré dimanche qu’il était sur le point de violer le plafond d’enrichissement d’uranium fixé par un accord sur le nucléaire en danger en l’espace de quelques heures, dans le but de pousser les autres parties à respecter leur engagement.

La République islamique a également menacé d’abandonner davantage d’engagements si aucune solution n’était trouvée avec les parties restantes à l’accord historique de 2015 après le retrait unilatéral de Washington.

Le secrétaire d’Etat américain, Mike Pompeo, a twitté dimanche sur le fait que l’Iran ferait face à « davantage d’isolement et de sanctions », s’ajoutant à une série de mesures économiques cinglantes imposées par Washington, et le président Donald Trump a averti que l’Iran « ferait mieux d’être prudent ».

L’accord de 2015 conclu entre l’Iran et six puissances mondiales – la Grande-Bretagne, la Chine, la France, l’Allemagne, les États-Unis et la Russie – a permis à Téhéran de réduire radicalement son programme nucléaire en échange d’un allégement des sanctions.

Washington a commencé à réimposer des sanctions en août 2018 et a ciblé des secteurs cruciaux, notamment les exportations de pétrole et le système bancaire, alimentant une profonde récession.

Même après le retrait américain, les experts ont déclaré que l’Iran s’était conformé à l’accord, jusqu’au début de ce mois, lorsqu’il a dépassé la limite fixée pour ses réserves d’uranium enrichi.

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, a déclaré que Téhéran pourrait encore réduire ses engagements vis-à-vis de l’accord, mais que « toutes ces mesures sont réversibles » si les partenaires européens tiennent leurs engagements.

La décision de commencer à enrichir de l’uranium au-dessus du niveau d’épuration maximum convenu de 3,67% intervient malgré l’opposition des pays soutenant l’accord sur le nucléaire.

La Grande-Bretagne a déclaré que l’Iran avait « brisé les termes » de l’accord et, avec l’Allemagne, avait appelé instamment Téhéran à « arrêter et annuler toutes les activités contraires à ses engagements ».

La décision du président Hassan Rouhani de dépasser le seuil sera exécutée « dans quelques heures » après le tri des derniers détails techniques, a déclaré le porte-parole de l’Organisation iranienne de l’énergie atomique, Behrouz Kamalvandi, en direct à la télévision d’Etat.

Rouhani a initialement annoncé les intentions de Téhéran le 8 mai, soit exactement un an après l’abandon du pacte par Trump.

Le président iranien a déclaré que cette décision répondait à l’incapacité des partis restants d’aider Téhéran à contourner les sanctions déjà imposées par les États-Unis.

– Guerre des mots –

AFP / AFPEnrichissement d’uranium

Les deux rivaux se sont enfermés dans une guerre de mots qui monte en flèche, Washington accusant l’Iran d’avoir commis une série d’attaques contre des navires-citernes et Téhéran abattant un drone de surveillance américain, faisant craindre un conflit que les deux parties ont déclaré vouloir éviter.

L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a confirmé ce mois-ci que l’Iran avait dépassé la limite de 300 kilogrammes fixée pour les réserves d’uranium enrichi, un plafond imposé par l’accord de 2015.

Le vice-ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a indiqué dimanche que la baisse des ventes de pétrole de l’Iran et les conséquences des sanctions financières étaient les principaux problèmes à résoudre, sans quoi Téhéran reviendrait encore plus loin de ses engagements nucléaires.

« Nous espérons que nous pourrons trouver une solution, sinon, après 60 jours, nous franchirons également la troisième étape », a-t-il déclaré, ajoutant que Téhéran donnerait davantage de détails à un « moment opportun ».

L’Iran avait déjà menacé de reprendre la construction à partir du 7 juillet d’un réacteur à eau lourde – capable de produire du plutonium – à Arak, dans le centre de l’Iran, un projet qui avait été mis en attente par l’accord.

Depuis que l’Iran a lancé son ultimatum sur le réacteur Arak, « de bons progrès techniques » ont été accomplis avec les parties pour moderniser les installations de manière à ne pas produire de plutonium de qualité militaire, ce qui a convaincu l’Iran de différer sa décision, a déclaré Araghchi.

– ‘A n’importe quel niveau’ –

Présidence iranienne / AFP / – Leporteparole Behrouz Kamalvandi (L), sur une photo publiée par la présidence iranienne, a déclaré que l’Organisation de l’énergie atomique était tout à fait disposée à enrichir de l’uranium « à n’importe quel niveau et à n’importe quel niveau » si l’ordre lui en était donné

L’Organisation iranienne de l’énergie atomique est tout à fait disposée à enrichir de l’uranium « à n’importe quel niveau et à n’importe quel niveau » si l’ordre lui en donnait, a déclaré son porte-parole, Kamalvandi.

Un haut conseiller du guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, a laissé entendre vendredi qu’il pourrait atteindre 5%.

La limite d’enrichissement de 3,67% fixée dans l’accord est bien inférieure au niveau supérieur à 90% requis pour une tête nucléaire.

L’Iran a déclaré qu’il n’enfreignait pas l’accord, citant les termes de l’accord permettant à une partie d’abandonner temporairement certains engagements si elle estimait que l’autre ne respectait pas sa part de l’accord.

AFP / File / Atta KENARE L’Iran a toujours nié avoir cherché une arme nucléaire, insistant sur le fait que son programme nucléaire était à des fins civiles.

La France a exprimé sa « grande préoccupation » et a demandé à Téhéran « d’arrêter toutes les activités qui ne respectent pas ses engagements », a déclaré une porte-parole du ministère des Affaires étrangères.

Le président français Emmanuel Macron s’est entretenu samedi par téléphone avec Rouhani et s’est engagé à « explorer d’ici le 15 juillet les conditions d’une reprise du dialogue entre toutes les parties », selon un communiqué de l’Elysée.

L’Iran a déclaré avoir fait preuve de « patience stratégique » pendant un an après le retrait des Etats-Unis, dans l’attente des partenaires restants pour concrétiser les avantages économiques promis.

Source AFP

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