Trump met en garde la Turquie contre une «  ingérence  » après le vote en Libye

janv 2020

AFP / File / Mahmud TURKIA LaTurquie entend soutenir le gouvernement libyen d’accord national

Le Parlement turc a approuvé le déploiement de troupes en Libye visant à soutenir le gouvernement soutenu par l’ONU à Tripoli, déclenchant un avertissement brutal du président américain Donald Trump contre toute « ingérence étrangère » dans ce pays déchiré par la guerre.

La Libye est en proie au chaos depuis qu’un soulèvement soutenu par l’OTAN a renversé et tué le dictateur Moamer Kadhafi en 2011, avec des administrations rivales à l’est et à l’ouest en lice pour le pouvoir.

Le gouvernement assiégé de Tripoli, dirigé par Fayez al-Sarraj, est l’objet d’attaques soutenues depuis avril par le général militaire Khalifa Haftar, qui est soutenu par les rivaux régionaux de la Turquie – l’Arabie saoudite, l’Égypte et les Émirats arabes unis.

En réponse à la perspective d’une intervention d’Ankara après le vote de jeudi, Trump avait déclaré à son homologue turc Recep Tayyip Erdogan dans un appel « que l’ingérence étrangère complique la situation en Libye », a déclaré le porte-parole de la Maison Blanche, Hogan Gidley, dans un communiqué.

L’Égypte a également fermement condamné le vote turc, estimant qu’il s’agissait d’une « violation flagrante du droit international et des résolutions du Conseil de sécurité sur la Libye », tandis qu’Israël, Chypre et la Grèce ont dénoncé une « menace dangereuse pour la stabilité régionale ».

Le parlement libyen élu à l’est – allié à Haftar – a qualifié l’intervention militaire potentielle de la Turquie de « haute trahison ».

– ‘Nous sommes prêts’ –

Le président Erdogan devrait recevoir mercredi le président russe Vladimir Poutine pour inaugurer un nouveau gazoduc et la Libye devrait être un sujet clé de discussion.

Erdogan a accusé à plusieurs reprises la Russie d’envoyer des mercenaires privés pour soutenir les forces de Haftar, bien que cela ait été démenti par Moscou.

Dans le même temps, la Turquie et la Russie ont réussi à travailler en étroite collaboration sur le conflit syrien malgré le soutien apporté aux parties opposées, et devraient rechercher un équilibre similaire en ce qui concerne la Libye.

AFP /Contrôle territorial en Libye

Vendredi dernier, le bureau d’Erdogan a confirmé qu’une demande de soutien militaire avait été reçue du gouvernement d’accord national (GNA) basé à Tripoli, reconnu internationalement.

Aucun détail n’a été donné sur l’ampleur du déploiement potentiel et le vice-président Fuat Oktay a déclaré mercredi à l’agence de presse nationale Anadolu qu’aucune date n’avait encore été fixée.

« Nous sommes prêts. Nos forces armées et notre ministère de la Défense sont prêts », a-t-il dit, ajoutant que l’approbation parlementaire serait valable pour un an.

Il a décrit la motion du Parlement comme un « signal politique » visant à dissuader Haftar.

« Après son passage, si l’autre camp change d’attitude et dit: » D’accord, nous nous retirons, nous abandonnons notre offensive « , alors pourquoi devrions-nous y aller? »

Le projet de loi a été adopté facilement par 325 voix contre 184.

« La motion libyenne est importante pour la protection des intérêts de notre pays et pour la paix et la stabilité de la région », a tweeté le ministre des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu après le vote.

– Connexion Russie –

Un rapport de l’ONU en novembre a déclaré que plusieurs pays violaient l’embargo sur les armes en vigueur en Libye depuis le renversement de Kadhafi en 2011.

La Jordanie et les Emirats Arabes Unis fournissent régulièrement les forces de Haftar, a-t-il dit, tandis que la Turquie soutient le GNA. Des drones turcs et émiratis ont été repérés dans le ciel libyen lors d’affrontements au cours de l’été.

« Nous soutenons le gouvernement légitime internationalement reconnu en Libye. Les puissances extérieures doivent cesser de soutenir les groupes illégitimes contre le gouvernement libyen », a tweeté la semaine dernière le directeur des communications d’Erdogan, Fahrettin Altun.

La Turquie a utilisé son alliance avec le gouvernement de Tripoli pour faire avancer d’autres intérêts.

SERVICE DE PRESSE PRESIDENTIEL TURQUE / AFP / Dossier / Mustafa KamaciErdogan et Fayez al-Sarraj du gouvernement d’accord national basé à Tripoli, ont signé un accord de compétence maritime contesté en novembre

Il a signé un accord de coopération militaire avec le GNA lors d’une visite de son chef Sarraj à Istanbul en novembre.

Mais ils ont également signé un accord de juridiction maritime accordant à la Turquie des droits sur de vastes étendues de la Méditerranée où des réserves de gaz ont récemment été découvertes.

L’accord a suscité des critiques internationales, en particulier de la Grèce, qui affirme ignorer ses propres revendications sur la région.

Les analystes disent qu’Ankara réagissait au gel des accords régionaux sur l’énergie, notamment le « Forum méditerranéen du gaz de l’Est », formé cette année par Chypre, la Grèce, l’Égypte, Israël, la Jordanie, l’Italie et les territoires palestiniens.

La rivalité féroce de la Turquie avec le gouvernement militaire en Égypte est considérée comme un autre facteur de motivation derrière le déploiement prévu.

Erdogan a fermement soutenu le gouvernement égyptien des Frères musulmans, qui a été violemment renversé par le président égyptien Abdel Fattah al-Sisi en 2013.

Haftar a précédemment ordonné à ses forces de viser des entreprises turques et d’arrêter des ressortissants turcs. Six marins turcs ont été brièvement détenus par ses forces au cours de l’été.

Source AFP

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