Les exportations de pétrole libyen bloquées, ce qui augmente les enjeux pour le sommet de paix de Berlin

18 Jan 2020

AFP / File / Mahmud TURKIE LaLibye est déchirée par les combats entre factions armées rivales depuis qu’un soulèvement soutenu par l’OTAN a tué le dictateur Moamer Kadhafi en 2011 et renversé son régime

Les forces fidèles à l’homme fort de l’armée libyenne Khalifa Haftar ont bloqué les exportations de pétrole des principaux ports du pays ravagé par la guerre samedi, augmentant les enjeux à la veille d’un sommet international visant à ramener la paix dans la nation nord-africaine.

La décision de paralyser la principale source de revenus du pays était une protestation contre la décision de la Turquie d’envoyer des troupes pour soutenir le rival de Haftar, le chef du gouvernement de Tripoli, Fayez al-Sarraj, reconnu par l’ONU.

Il précède la conférence de dimanche à Berlin qui verra les Nations Unies essayer d’extraire l’engagement des dirigeants mondiaux à cesser de se mêler du conflit libyen – que ce soit en fournissant des troupes, des armes ou du financement.

« Toutes les ingérences étrangères peuvent produire un effet d’aspirine à court terme, mais la Libye a besoin de toutes les ingérences étrangères pour cesser. C’est l’un des objectifs de cette conférence », a déclaré à l’AFP Ghassan Salame, envoyé de l’ONU en Libye.

Les présidents de la Russie, de la Turquie et de la France ainsi que le secrétaire d’État américain Mike Pompeo se joindront aux pourparlers, organisés sous les auspices de l’ONU.

AFP / ARIS MESSINISLes forces de Haftar ont lancé un assaut en avril sur les troupes de Sarraj à Tripoli

Haftar et Sarraj sont également attendus, a confirmé samedi la ministre allemande des Affaires étrangères Heiko Maas, avant le premier rassemblement d’une telle ampleur sur le conflit depuis 2018.

Après des mois de combats, qui ont fait plus de 2 000 morts, un cessez-le-feu est entré en vigueur le 12 janvier soutenu par Ankara et Moscou, accusés de soutenir Haftar.

Mais le blocus de samedi a fait craindre le conflit.

La perturbation des exportations de pétrole devrait réduire de plus de moitié la production quotidienne de brut du pays, passant de 1,3 million de barils à 500 000 barils, ce qui se traduit par des pertes de 55 millions de dollars par jour, a averti la National Oil Company libyenne.

« Notre ligne de conduite à l’ONU est claire. Ne jouez pas avec l’essence car c’est le gagne-pain des Libyens », a averti Salame quelques heures avant le blocus.

Jalal Harchaoui, un expert de l’Institut Clingendael basé à La Haye, a déclaré que le blocus pétrolier faisait partie de « la logique du chantage ».

« Cela peut fonctionner, mais il y a aussi un risque que Washington réagisse mal », a-t-il déclaré. Washington était profondément opposé à toute initiative susceptible de faire monter les prix du brut, a-t-il ajouté.

Le pays d’Afrique du Nord, riche en pétrole, a été déchiré par les combats entre factions armées rivales depuis qu’un soulèvement soutenu par l’OTAN en 2011 a tué le dictateur Moamer Kadhafi et renversé son régime.

Plus récemment, les forces de Haftar ont lancé un assaut en avril sur les troupes de Sarraj à Tripoli.

– ‘Cercle vicieux’ –

Bien que le gouvernement de Sarraj soit reconnu par l’ONU, certains acteurs puissants se sont séparés pour soutenir Haftar – transformant un conflit interne en ce qui est essentiellement une guerre par procuration avec des puissances internationales se bousculant pour protéger leurs propres intérêts.

AFP /Contrôle territorial en Libye

L’alarme a grandi à l’échelle internationale quand Ankara a ordonné à des troupes au début de janvier d’aider à consolider Sarraj. La Russie a démenti les accusations d’avoir fourni des armes, du financement et des mercenaires à Haftar.

« Nous devons mettre fin à ce cercle vicieux des Libyens appelant à l’aide de puissances étrangères. Leur intervention aggrave les divisions entre les Libyens », a déclaré Salame.

La place des acteurs internationaux devrait être « d’aider les Libyens à se développer », a-t-il ajouté.

L’envoyé de l’ONU a déclaré que la réunion de dimanche visera également à « consolider » le cessez-le-feu fragile.

« Aujourd’hui, nous n’avons qu’une trêve. Nous voulons la transformer en un véritable cessez-le-feu avec surveillance, séparation (des camps rivaux), repositionnement des armes lourdes » en dehors des zones urbaines, a-t-il dit.

Bien que l’ONU ait tenté à plusieurs reprises de négocier la paix, les pourparlers ont échoué à plusieurs reprises.

– Erdogan lance un avertissement –

A la veille des pourparlers de Berlin, le président turc Recep Tayyip Erdogan a averti l’Europe de rester unie derrière le gouvernement de Sarraj, car la chute de Tripoli pourrait laisser « un terrain fertile » aux groupes djihadistes comme l’EI ou Al-Qaïda « pour se remettre sur pied ».

Erdogan a également exagéré les craintes de l’Europe d’une répétition de la crise des réfugiés de 2015 dans son commentaire pour le site d’information Politico, affirmant que de nouveaux troubles pourraient inciter une nouvelle vague de migrants à se diriger vers le continent.

Accusant en particulier la France de se ranger du côté de Haftar, Erdogan a déclaré que laisser la Libye au commandant serait une « erreur de proportions historiques ».

La France a démenti soutenir Haftar.

L’Union européenne observe l’escalade des conflits à sa porte avec une alarme croissante, alors qu’elle compte sur la Libye en tant que portier dissuadant les migrants de traverser la Méditerranée.

Signe des rivalités régionales en jeu, le ministre turc des Affaires étrangères a accusé vendredi la Grèce de « saboter » les efforts de paix en accueillant Haftar à Athènes en début de semaine.

La Grèce s’oppose farouchement à un accord de sécurité et maritime signé entre Tripoli et la Turquie, et a accueilli Haftar après qu’il n’ait pas été invité au sommet de Berlin.

Source AFP

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