Un membre du Hezbollah reconnu coupable de l’assassinat d’Hariri

Un homme crie près du lieu d'un attentat à la voiture piégée.

L’explosion d’un véhicule piégé, le 14 février 2005 à Beyrouth, a fait 22 morts, dont le premier ministre de l’époque. Photo : Reuters/Mohamed Azakir

RADIO-CANADA AVEC AGENCE FRANCE-PRESSE

Le Tribunal spécial pour le Liban (TSL) a reconnu coupable mardi Salim Ayyash, membre présumé du Hezbollah, de l’assassinat en 2005 de l’ancien premier ministre libanais Rafic Hariri, au bout de six ans de procès.

La Chambre de première instance déclare M. Ayyash coupable au-delà de tout doute raisonnable d’avoir été coauteur de l’homicide intentionnel de Rafic Hariri, a déclaré le juge-président David Re, avant de se prononcer sur le sort des trois autres suspects, qui ont été acquittés.

La Chambre de première instance déclare Hassan Merhi, Hussein Oneissi et Assad Sabra non coupables de tous les chefs d’accusation retenus, a poursuivi M. Re.

Au cours de la lecture du jugement, les juges du tribunal basé aux Pays-Bas ont déclaré qu’ils étaient convaincus au-delà de tout doute raisonnable que Salim Ayyash était l’utilisateur de plusieurs téléphones portables ayant servi à surveiller M. Hariri pendant les mois précédant l’attentat, élément clé du dossier formé par l’accusation.

Il ont également indiqué être convaincus que M. Ayyash – également accusé d’être impliqué dans trois autres attentats contre des hommes politiques en 2004 et 2005 – avait des liens avec le Hezbollah.

Les magistrats prononceront ultérieurement la peine à l’encontre de M. Ayyash, qui risque la prison à perpétuité s’il devait un jour être rendu au tribunal.

Rafic Hariri assis sur une chaise tourne la tête pour regarder à gauche.

L’ancien premier ministre libanais Rafic Hariri a été assassiné en février 2005. Photo : Getty Images/Courtney Kealy

Aucun des accusés n’ayant été remis au tribunal, ils ont été jugés par contumace.

Moustafa Badreddine, le principal suspect, décrit comme le cerveau de l’attentat par les enquêteurs, est mort depuis et n’a donc pas été jugé.

Après avoir entendu près de 300 témoins et examiné plus de 3000 pièces à conviction, les juges du tribunal ont cependant estimé qu’il n’y avait aucune preuve permettant d’établir un lien direct entre l’attentat et la Syrie ou le mouvement Hezbollah.

La Syrie et le Hezbollah ont peut-être eu des motifs d’éliminer M. Hariri et ses alliés politiques, mais il n’y a aucune preuve que les dirigeants du Hezbollah aient été impliqués dans le meurtre de M. Hariri et il n’y a aucune preuve directe de l’implication syrienne.

Le juge président David Re

La condamnation de Sali Ayyash, principal suspect dans l’affaire, repose entièrement sur l’utilisation de téléphones mobiles pour organiser l’attentat-suicide à Beyrouth qui a tué Rafic Hariri.

Premier ministre jusqu’à sa démission en octobre 2004, M. Hariri a été tué en février 2005 lorsqu’un kamikaze a fait sauter une camionnette remplie d’explosifs au passage de son convoi blindé sur le front de mer de Beyrouth, faisant 226 blessés.

Sa mort, dans laquelle quatre généraux libanais prosyriens avaient été accusés d’être impliqués dans un premier temps, avait déclenché à l’époque une vague de manifestations. Cela a entraîné le retrait des troupes syriennes après près de 30 ans de présence au Liban.

Le Hezbollah, allié du régime syrien et de l’Iran, a rejeté toute responsabilité et déclaré ne pas reconnaître le TSL, mis en place suite à une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU.

Le Hezbollah appelé à « faire des sacrifices »

Saad Hariri, la main droite placée sur le cœur.

L’ancien premier ministre libanais Saad Hariri, lors de son arrivée au tribunal international à Leidschendam pour entendre le jugement sur l’assassinat de son père, Rafic Hariri. Photo : Getty Images/KENZO TRIBOUILLARD

Saad Hariri, fils de Rafic Hariri et également ancien premier ministre libanais, était présent pour assister à l’audience, à Leidschendam, près de La Haye, où est basé le TSL.

S’adressant à des journalistes à l’issue du prononcé du jugement, Saad Hariri a affirmé accepter le verdict. Le tribunal a statué, et au nom de la famille de l’ancien premier ministre Rafic Hariri, et au nom des familles des martyrs et victimes, nous acceptons la décision du tribunal.

Nous avons tous découvert la vérité aujourd’hui, a-t-il ajouté, affirmant que le jugement démontrait l’objectivité du tribunal et une grande crédibilité.

Aujourd’hui, le parti qui doit faire des sacrifices est le Hezbollah, a affirmé M. Hariri. Il est clair que le réseau responsable provient de ses rangs, a-t-il poursuivi.

Nous ne serons en paix que lorsque la punition sera appliquée. […] Les Libanais, à partir d’aujourd’hui, n’accepteront pas que leur pays soit un havre de paix pour les assassins.

Saad Hariri

Un « message clair », selon Ottawa

Réagissant au verdict, Ottawa estime qu’il représente une étape importante dans l’histoire de la justice de ce pays.

La décision du tribunal envoie un message clair, selon lequel les auteurs d’actes de terrorisme ou les personnes qui menacent la paix et la sécurité internationales seront tenus responsables, indique Affaires mondiales Canada dans un communiqué.

Nous sommes conscients que la décision rendue par le Tribunal n’apporte pas tous les résultats souhaités par de nombreuses personnes au Liban.Toutefois, la décision rendue aujourd’hui défend le principe de la responsabilité et représente une avancée modeste, mais déterminante, à l’égard de la recherche continue de la démocratie, de la justice et de la sécurité au Liban.

Affaires mondiales Canada

Lors de l’ouverture de l’audience mardi, le TSL a observé une minute de silence à la mémoire des victimes de l’explosion du 4 août qui a ravagé Beyrouth.

Le tribunal avait reporté la lecture du verdict, initialement prévue le 7 août, par respect pour les innombrables victimes de l’explosion dévastatrice survenue trois jours plus tôt au port de la capitale libanaise, faisant au moins 177 morts et plus de 6500 blessés.

Source Radio-Canada.ca

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